LES EFFETS DE L’HYPNOSE SUR NOTRE CERVEAU

Depuis les années 1970, de nombreuses études cliniques permettent de démontrer l’efficacité de l’hypnose pour le soulagement de la douleur, le traitement de divers problèmes tels que stress, anxiété, dépression, troubles psychosomatiques et autres.

Il aura fallu attendre le début du XXIe siècle pour que les prodigieuses avancées des neurosciences puissent enfin révéler les effets de l’hypnose sur notre cerveau. Différents chercheurs scientifiques ont ainsi réussi à observer l’activité cérébrale d’une personne en état d’hypnose et à en comprendre certains mécanismes.

Parmi eux, le Pr David Spiegel & son équipe de la Stanford University School of Medicine (Palo Alto, Californie) se sont intéressés aux modifications d’activité et de connectivité des trois réseaux cérébraux :

  • Le réseau exécutif qui assure les fonctions cognitives comme le raisonnement, le langage, la communication, la prise de décision et la mémoire de travail.
    D’un point de vue neurophysiologique, celui-ci implique classiquement le cortex préfrontal dorsolatéral (bilatéral) et les cortex pariétaux supérieurs.
  • Le réseau du mode par défaut qui est actif lorsque nous laissons vagabonder notre esprit et ne faisons rien de particulier. Il est associé à de nombreux phénomènes intimes et privés de notre vie mentale comme la perception de soi, l’évocation de souvenirs, l’imagination, les pensées … Il se situe dans plusieurs structures incluant le cortex cingulaire postérieur et le cortex préfrontal médian.
  • Le réseau de saillance qui implique le travail de hiérarchisation des informations perçues. Il détermine, parmi la multitude de stimuli internes et externes, ceux qui sont signifiants et dignes d’attention. Ce réseau comprend le cortex cingulaire dorsal antérieur, le cortex fronto-insulaire et s’étend jusqu’aux régions subcorticales comme l’hypothalamus.

A l’aide de l’imagerie cérébrale (IRMf), le Pr Spiegel a pu mettre en évidence plusieurs changements d’activité de ces trois réseaux cérébraux uniquement chez les personnes se trouvant dans un état hypnotique :

1) Une diminution d’activité du réseau de saillance sous-tendant une baisse d’attention sur l’environnement extérieur. Il confirme « lors d’une transe hypnotique, vous êtes tellement absorbés que vous ne vous préoccupez de rien d’autre » (1).
Sous hypnose, l’attention est réduite comme sous l’effet d’un téléobjectif. Ce que l’on voit est beaucoup plus détaillé, mais on voit moins ce qu’il y a autour.

2) Une augmentation des connexions entre le réseau exécutif & l’insula, partie impliquée dans le traitement du contrôle du corps et de l’expérience, de l’émotion, de la conscience de soi et du temps. Ces résultats, en cohérence avec le rôle de l’insula dans la régulation cérébrale des symptômes somatiques, confirment « la capacité qu’on les individus sous hypnose d’être intensément absorbés et d’avoir des fonctions et perceptions somatiques modifiées ».

3) Une réduction de connexions entre les réseaux exécutif et mode par défaut indiquant une déconnexion entre les actions d’une personne et la conscience qu’elle en a. Comme l’explique le Pr Spiegel, « lorsque vous êtes vraiment absorbé dans quelque chose, vous ne pensez pas vraiment à ce que vous êtes en train de faire – juste vous le faites. Pendant la transe hypnotique, ce genre de dissociation entre l’action et la réflexion permet à la personne de s’impliquer dans les activités suggérées par l’hypnothérapeute ou elle-même sans consacrer de ressources mentales à la prise de conscience de ce qu’elle fait dans cette activité » (2). La conscience de soi est donc réduite et le facteur critique inhibé.

Hypnotiseur Paris - Effets de l'hypnose sur le cerveau
© Orlando Florin Rosu / Adobe Stock Infographie : Arnaud Marcon

Pour conclure leurs observations, l’équipe de recherche écrira « ces changements dans l’activité neurale sous-tendent une attention focalisée, un contrôle somatique et émotionnel amélioré et une moindre conscience de soi, qui sont caractéristiques de l’hypnose » (3).

Cette découverte renforce ainsi l’idée que l’état hypnotique est bel et bien un état de conscience particulier et qu’il implique un autre type de fonctionnement du cerveau favorable au changement.

Pour plus d’informations, je vous invite à lire cette interview du Pr Spiegel accordée au journal Le Figaro Santé.

Vous pouvez également consulter l’intégralité de cette étude en ligne dans la revue Cerebral Cortex (4).

SOURCES :

(1) (2)  Study identifies brain areas altered during hypnotic trances, Stanford Medicine News Center, 28 july 2016

(3) (4) Brain Activity and Functional Connectivity Associated with Hypnosis, H. Jiang, M.P. White, M. D. Greicius, L.C. Waelde and D. Spiegel, Cerebral Cortex (2016)